NORthern cANaDA; un chemin de parole

by Massy Emond

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released July 7, 2018

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Massy Emond La Motte, Québec

Massy Emond est une femme truck.
Son cycle de création actuel s'articule autour du féminin en région ressource. Chanson-poésie-captation sonore-art vivant.

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Track Name: Respectez la communauté environnante
Respectez la communauté environnante de l’usine
Réduisez votre vitesse
Et diminuez le bruit
Diminuez le bris
Respectez la communauté environnante de l’usine
Réduisez votre vitesse
Et diminuez le bruit
Diminuez le bris
Track Name: Une grande respiration
Une grande respiration. Je vais mettre mes mules pour être certaine ; si quelqu’un arrive, je pourrai courir.
Ce comportement. Je tremble à l’idée de ne pas faire les choses correctement. De ne pas être une bonne fille. Je tremble à l’idée d’être rejetée. Il m’a fallu prendre les plis du moule. Devenir un canard alors que je suis un corbeau. Une corbelle. Toute noire et lustrée. Noire et bleue. Être noire et bleue. Voilà ce que je suis. Une tranche noire dans la lumière blanche de l’hiver.
Track Name: Accès interdit
Propriété privée, accès interdit
Atten tio
Automne
Max Bucket
P. P. P. Porte Avenue Portelance
P. P. dans ce cercle flèche 5e rue
P. Cercle rouge diagonale rouge flèche pointant vers la gauche
Attention attention attention attention
Track Name: Lettre à Marc et Ivan
Messieurs étant donné votre puissance, votre capacité extraordinaire à anéantir, asservir, assujettir, je vais vous faire porter ici le fardeau de tous les abuseurs de ma vie et mes ascendances. Vous êtes autorité, charisme, sécurité, réconfort et force trompée.
Sans religion, religio, relation, liaison, reliure.
Je serai d’un souffle, sans nuance, l’index pointé.

Vous écrire, vous parler me fait peur. Certes, je parlerai quand même.
Mais tout me déconcentre de vous. Tout me déconcentre de mes mots. C’est un brouillard devant moi. Le même qui s’étend et enlace la fonderie Horne en ce matin de décembre. Un brouillard de neige. Un blanc épais, granuleux. Un blanc de particules. Un blanc qui étouffe les sons. Un blanc qui fait taire.
Le silence que je connais est le silence du mutisme. Le silence de l’ennui. Le silence froid de la stagnation. Le silence froid, mortifère.

C’est le silence d’ici. C’est le silence de l’enfance. C’est le silence des maisons tristes. Le silence de la pulsion de mort. Le silence du viol, le silence de l’abus sur fond de télévision.

Je croyais pouvoir parler de vous par le biais des autres. Je croyais pouvoir parler de vous par le biais des gens de la finance. Par les recherches des journalistes suisses. Mais je
vous parle à partir d’ici. Je vous parle à partir du Nord du Canada. Un territoire parmi tant, une production de cuivre parmi d’autres. J’aurais préféré rester de marbre et forte en utilisant les questions des enquêteurs, en utilisant la rhétorique des économistes qui vous admirent ou les arguments des ONG qui vous traquent depuis les années ’50. Trader de père en fils. Marc et Ivan si les liens du pouvoir sont plus forts que ceux du sang je dirai que ceux qui nous unissent à la terre qui nous porte le sont tout autant.

Marc et Ivan, Northern Canada, ce quartier, comme tant d’autres que vous possédez est laid et triste. Un bric à brac de maisons clapboard et de fils électriques, faits avec votre pétrole, tirés à même votre cuivre, zinc et aluminium.


C’est la p’tite misère ici, pas la grande. C’est l’aréna, les sculptures en faux bronze et les murales en votre honneur. En l’honneur de votre embellissement. Embellir, anoblir, rendre le laid beau, parce que c’est tout ce que l’on a. Rendre la vie jolie. L’instagrammer, vernir la surface avec des couleurs vives et des lumières chaudes, vintage. Vidé de son énergie vitale on est viscéralement manipulable.
Embellir, rendre le laid beau, habitable. Pour oublier l’irrespirable.
Parce que c’est tout ce que l’on sait.
Je vous explique ; ici on pense que c’est grâce à vous que c’est avec vous, que c’est par vous qu’on vit respire, mange, nait meurt respire dépense emprunte vit et chie.
La misère n’est pas dans les poches ici, elle est dans le silence, le silence des hommes libres qui se complaisent en adolescent virils. Le déni des femmes fortes qui se rêvent en victimes sublimes.

C’est l’abus, c’est la compromission. C’est l’intégration de la destruction à même son corps. Sa chair. Ce sont de faux combats, de fausses violences. De la misère augmenter, de la réalité diminuée. C’est la douleur, la honte en fièrté. Le déni est une capacité d’adaptation fulgurante, boulversante. Il permet de scander j’aime ma ville, Northern Canada, the place to be, regarde, on y boit les meilleurs scotchs, on y voit les meilleurs bands, les enfants mangent de la terre contaminée, mais c’est pas très grave. Il y a assez d’acupuncteurs et d’ostéopathes en ville pour s’arranger du manque de médecins de famille.
Regarde ici plutôt, un resto fin, une soirée trash. Ici les filles s’offrent avec fronde. Elles en veulent. Elles en demandent, des menottes et des baillons. Northern Canada : ce que vous voulez, quand vous voulez.

Vous écrire m’épuise. Penser l’abus m’épuise. Je suis nauséeuse. Ça me prend dans la moelle. La mienne de chair, la mienne de moelle, la mienne de vie. La mienne d’ennui. Ça me parcourt le corps, les tissus, les synapses, ça me déprime. M’affaiblit. Je sais pourtant que j’ai à le faire. J’ai à penser et écrire. J’ai à casser, plier le métal. Engager tous mes muscles. Presser toute mon énergie dans ce mouvement. Invisibles, vous êtes ce qu’il y a de plus concret, de plus dur, de plus présent ici.
Invisibles, vous êtes ce que je vais extirper de ma chair. Un cancer systémique dans mon sang. La chimio je m’en passe, vous avez fourni assez de métaux lourds dans l’eau que je bois, dans l’air jaune que je respire. Le reste du buzz, il a passé en mescaline, en speed et en coke coupée. Je puisse ma guérison au désespoir, au vertige et à la détestation qui m’habite. Cette énergie est forte, palpable et en un shift, elle devient ma légion. Ma religion, ma liaison, ma reliure, ma relation.

Retribution will be swift, dit Tanya Taggaq. Je sais que ça surprend mais je n’ai plus peur. Qui l’eût cru. Je n’ai plus peur d’avoir peur d’avoir peur. Je me sens capable du meilleur mon intuition est sauvage et crue. Je sais la vérité de mes envies je n’ai plus peur de mes intentions. Je sais que ma dévotion va à la guérison. La mienne et celle du vivant. La mienne et celle de cette terre qui me porte. La mienne et celle des miennes. Des miens. De tout le vivant. Tout le vivant foisonnant. De toute la vivante foisonnante vie. Pleine de mort et d’imperfection. Pleine de puissance et de fragilité. Complexe multiple inventive et fuckin’ conne. Cette vie qui pulse oreillette et ventricule. Au rythme du monde. Avec ce grand battement de la vie des âges de Tagore. Oui. Le désir le plaisir le calme et la neige qui apaise. A chaque geste, chaque souffle. Je n’éloigne plus le mal, je marche.

Alors je vous écris chers deux fuckers parmi les plus fuckers des cent dernières années parce que je n’ai plus peur. Plus peur de rien. À chaque mot à chaque phrase qui prend son envol avec le noir des caractères et le bruit des vibrations de ma voix dans l’air.
Gorgée de celles qui m’ont précédées. De leur patience, leurs déceptions, leur abnégation, leur fureur et leur talent pour la dentelle au crochet. C’est par ma gorge que ce lait coule. C’est par ma gorge et par mes cordes vocales que mes mortes et mes mots parlent.
Je les prends par la main. Une chaîne oui. Je vous parle parce que je suis une chaîne.
Je parle pour elles, je parle avec elles. Elles parlent de moi. Je tremble et j’ai le cœur qui pince, pourtant je suis debout devant la gare face au wagon d’acide. La face à terre, le corps plaqué au sol je vous regarde. Les oreilles vers le ciel je vous entends. Votre mantra au courant continu. Notre vie en Si. Pour cela on se reconnaît.

Je chante pour la terre. Celle sous mes pieds. Cette eau de mon corps. Je berce votre usine. Je m’unis à votre quartier. Parce que je tremble et n’ai plus peur. Je suis de cette terre et le resterai. Elle veut de moi. Je suis de cette pierre et de ce feu de mélèze, je suis avec vous, cette poussière sur la neige.
Track Name: Nana por Marquito
traditionnel: Duerme negrito

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